===== PRÉFACE ===== Diverses circonstances ont contribué à retarder la publication de cette «[b]Méthode Rapide[/b]», qui, à l’origine, ne devait être qu’une chose intermédiaire entre le «[b]Cours Pratique[/b]» de 1300 pages et les Petits Cours Condensés en 2 et 4 pages, que nous avons publiés en neuf langues différentes. La campagne que nous avons entreprise en juillet 1963 en faveur d’un rapprochement entre les Langues Artificielles (NEO-BULTEN N 22) et les encouragements que nous avons reçus de tous côtés à ce propos ont considérablement élargi les limites que nous nous étions assignées. Nous avons dit dès le premier jour que le rapprochement que nous recherchons (et que d’aucuns ont défini comme «un essai de marier l’eau avec le feu») n’est en tout cas possible qu’avec le concours des hommes de bonne volonté adeptes des divers systèmes, disposés à se faire des concessions réciproques. Nous nous devons de donner l’exemple de cette bonne volonté. Les personnes qui suivent le mouvement interlinguistique savent que le Neo, dernier-né parmi les Langues Auxiliaires les plus connues, rencontre dans le monde entier un succès qu’il nous eût été difficile d’espérer. Ce succès nous donne une position de force qui augmente la valeur des concessions que nous faisons aux autres systèmes, concessions traduites en actes et incorporées dans la présente «[b]Méthode Rapide[/b]». Ainsi, les circonstances qui ont retardé la publication de ce petit ouvrage ont été providentielles, puisqu’elles nous ont donné le temps d’étudier et d’appliquer au Neo certains changements suggérés dans des critiques amicales que nous ont adressées d’honnêtes adeptes d’autres Langues Artificielles. \\ Quelles sont les concessions que le Neo fait aux systèmes rivaux? Les voici, brièvement exposées: [b]Aux Langues schématiques[/b] ([b]Esperanto[/b] et [b]Ido[/b]). L’écart que nous séparait de ces langues n’était pas grand, le Neo n’étant en somme (comme d’ailleurs l’Ido) qu’un Esperanto réformé. On a en effet défini le Neo comme «[i]l’évolution naturelle et inévitable de l’Esperanto[/i]»[b](1)[/b] et comme «[i]une réforme relativement satisfaisante et radicale de l’Esperanto, qui pourrait être acceptée par les Espérantistes eux-mêmes comme une simplification de leur langue[/i]»[b](2)[/b]. Cette affinité avec l’Esperanto est même ce que les naturalistes nous reprochent le plus. Désireux toutefois de donner à ces deux langues des preuves concrètes de notre bonne volonté, nous avons décidé les réformes suivantes: - [b]tolérer[/b], pour la lettre [b]c[/b], la prononciation [b]ts[/b]; - adoption [b]facultative[/b] de la désinence [b]u[/b] pour l’impératif; - adoption [b]facultative[/b] des désinences [b]–inda[/b] et [b]–onda[/b] pour les temps composés; - adoption de quelques suffixes espérantistes de plus ([b]–eg[/b], [b]–av[/b]) et suppression de notre suffixe [b]–eo[/b]; - [b]tolérer[/b] l’omission de l’article indéfini «[b]un[/b]», tolérance que nous étendons à l’article défini «[b]lo[/b]», pour nous rapprocher de l’usage du russe et de nombreuses langues orientales. [b]Aux langues naturalistes[/b] ([b]Interlingue[/b], [b]Interlingua[/b], [b]etc. [/b]) (que, d’après nous, on devrait plutôt appeler «néo-latinistes»): - un seul article défini ([b]lo[/b]) pour le singulier et le pluriel; - non-concordance du pluriel de l’adjectif (suppression de la désinence [b]–s[/b]); - réduction du nombre des verbes monosyllabiques (suppression de [b]ci[/b], [b]kli[/b], [b]pri[/b], [b]ri[/b], [b]ski[/b]); - [i]CONCESSION CAPITALE[/i]: pour répondre au reproche d’avoir trop souvent «mutilé» les racines néo-latines, nous avons occidentalisé davantage de très nombreux vocables (plusieurs centaines), nous rapprochant ainsi des termes correspondants employés en ILE et ILA [b](3)[/b]. C’est ainsi que nous disons maintenant: \\ [b][i]preferi[/i][/b], [b][i]admiti[/i][/b], [b][i]submiti[/i][/b], [b][i]korago[/i][/b], [b][i]avantago[/i][/b], [b][i]resto[/i][/b], [b][i]respondo[/i][/b], [b][i]korespondo[/i][/b], [b][i]resposabla[/i][/b], [b][i]qar[/i][/b], [b][i]qin[/i][/b], [b][i]eqip[/i][/b], [b][i]eqilibro[/i][/b], [b][i]eqivala[/i][/b], [b][i]signo[/i][/b], [b][i]segno[/i][/b], [b][i]ignori[/i][/b], [b][i]exemplo[/i][/b], [b][i]exam[/i][/b], [b][i]existo[/i][/b], [b][i]explor[/i][/b], [b][i]expon[/i][/b], [b][i]explod[/i][/b], [b][i]etc.[/i][/b], [b][i]etc.[/i][/b], \\ à la place de: \\ [b][i]prifi[/i][/b], [b][i]admizi[/i][/b], [b][i]sumizi[/i][/b], [b][i]korajo[/i][/b], [b][i]vantajo[/i][/b], [b][i]risto[/i][/b], [b][i]rispo[/i][/b], [b][i]korispondo[/i][/b], [b][i]risponsabla[/i][/b], [b][i]kuar[/i][/b], [b][i]kuin[/i][/b], [b][i]ekip[/i][/b], [b][i]ekilibro[/i][/b], [b][i]ekivala[/i][/b], [b][i]sinyo[/i][/b], [b][i]senyo[/i][/b], [b][i]inyori[/i][/b], [b][i]ezemplo[/i][/b], [b][i]ezam[/i][/b], [b][i]ezisto[/i][/b], [b][i]esplor[/i][/b], [b][i]espon[/i][/b], [b][i]esplod[/i][/b], [b][i]etc.[/i][/b], [b][i]etc.[/i][/b], les anciens termes restant tolérés jusqu’à nouvel ordre. En faisant ces concessions aux langues rivales, nous avons eu soin de ne pas nuire à l’[b]homogénéité[/b] et à la [b]concision[/b] du Neo, estimant ces qualités comme essentielles pour une Langue Internationale. Ceci pour rassurer nos très nombreux adeptes qui aiment le Neo tel qu’il est. On remarquera que nous employons souvent le mot [b]tolérer[/b], qui implique, dans de nombreux cas, l’emploi de deux formes différentes pour exprimer le même mot ou le même cas grammatical. Ce faisant, nous suivons l’avis du Dr. Monnerot-Dumaine, qui dit: Le terrain d’entente n’a jamais été trouvé, ou du moins il n’a jamais été accepté. Il est pourtant bien simple: c’est, comme dit M. Favre-Duboz, [b]la tolérance des formes mixtes et des formes doubles[/b]. [b](4)[/b] Des amis non-naturalistes nous ont demandé pourquoi nous n’avons pas introduit dans le Neo des mots de racine russe, en un moment où la langue russe gagne tous les jours du terrain. La raison en est claire: nous n’avons pu faire cela que bien rarement, précisément [i]pour ne pas nuire à l’homogénéité du Neo, qui doit garder sa consonance italo-espagnole[/i]. Nous désirons toutefois faire remarquer que, là où cela nous a été possible, nous n’avons pas manqué d’adopter des vocables russes, notamment: * [b]et[/b], [b]–o[/b] adjectif et pronom démonstratifs pour «ce, cela» * [b]mo[/b] pour la conjonction «mais» * [b]dengo[/b] pour «argent, monnaie» Nous y ajoutons maintenant: * [b]daa[/b] pour l’affirmation «oui, oui da, certes» * [b]nyet[/b] pour «absolument pas» * [b]u[/b] pour la préposition «chez» * [b]mogi[/b] pour le verbe «pouvoir» * [b]daco[/b] (du russe «datcha») pour «villa» Nous avons en outre emprunté au russe la suppression fréquente du verbe «être» au présent, ainsi que le suffixe locatif «[b]ye[/b]» ([b]domye[/b], à la maison) et l’omission (facultative) des articles défini et indéfini. Il est un point où nous n’avons pu satisfaire le désir de nos amis naturalistes, c’est lorsqu’ils demandent la suppression de nos désinences des [b]temps[/b] verbaux [b]ar[/b], [b]ir[/b], [b]or[/b], [b]ur[/b], qui, dans plusieurs langues néo-latines, sont réservées à l’[b]infinitif[/b]. Nous tenons beaucoup à ces désinences, qui plaisent à l’immense majorité de nos correspondants de tous les pays. Ces désinences se retrouvent en suédois ([i]jag kallar[/i]), en turc ([i]yapar[/i], [i]verir[/i], [i]dir[/i]), etc. [b](5)[/b] On nous a reproché une certaine «versatilité», parce que nous opérons volontiers des changements. Ce n’est pas là l’avis de tout le monde. Nombreux sont les correspondants qui nous félicitent de cette mentalité accueillante du Neo, qui accepte avec plaisir les suggestions raisonnables. Si l’Esperanto en avait fait autant le long de ses 80 ans d’existence, le problème de la Langue Internationale aurait été résolu depuis longtemps. Quant à nous, partisans de ce qu’on nomme aujourd’hui le «perfectionnisme», nous évitons au contraire tout immobilisme ankylosant. \\ [b]Étymologie[/b]. Bien que neuf fois sur dix nous ayons rattaché nos vocables à des racines existantes dans l’une ou l’autre langue, nous tenons à déclarer que nous ne nous sentons lié par aucun principe étymologique, ni obligé de fournir une justification à ce sujet. Quelle que soit la langue, naturelle ou artificielle, que l’on désire étudier, on doit de toute façon apprendre son vocabulaire, si on veut connaître la langue sérieusement, et ne pas se limiter à «deviner» ce que l’on lit, au risque de s’exposer à de graves mécomptes. Pour ce qui est du Neo, nous avons cherché avant tout à former des vocables précis, légers et faciles à retenir. [b]Quels sont jusqu’ici les résultats de notre campagne?[/b] [i]Magnifiques chez les adeptes de tous les systèmes[/i], qui ne cessent de nous féliciter et de souhaiter ardemment le succès, dans lequel ils voient le seul salut de la cause même de la Langue Universelle. [i]Absolument négatifs auprès des chefs des quatre principales langues rivales[/i]. Cette attitude est humainement compréhensible, si l’on songe aux positions acquises et aux habitudes contractées. D’ailleurs, le jour où ces chefs, et [b]surtout les chefs espérantistes[/b] se rallieraient à notre campagne, celle-ci aurait atteint son but et il n’y aurait plus de problème. La résistance des chefs espérantistes se justifie par le fait que l’Esperanto est actuellement la seule langue qui puisse se dire pratiquement internationale, du fait qu’il compte des adeptes dans tous les pays. Il n’en reste pas moins que, dans tous les pays également, il existe de très nombreux partisans de la Langue Internationale, et parmi les meilleurs, qui verraient volontiers l’Esperanto remplacé par une autre langue, plus apte à satisfaire les goûts et les nécessités des temps modernes. Tel qu’il est, le présent ouvrage se présente comme un compromis acceptable entre toutes les langues artificielles, et comme un pont entre le schématisme et le naturalisme. Nous demandons à ceux qu voudront le parcourir de faire préalablement un sincère effort pour se défaire de tout parti pris et de tout jugement préconçu. Si les tenants des autres langues veulent faire un effort pareil à celui du Neo, l’entente générale se réalisera et la voie vers une Langue Internationale unique sera ouverte. \\ Nous tenons à remercier vivement les correspondants et amis qui, par leurs conseils, nous ont aidé, depuis trois ans, à améliorer le Neo, et à ceux qui, par leur collaboration, ont contribué à sa diffusion, et notamment: * M. le Dr. M. Monnerot-Dumaine, de Nice (France); * M. le Dr. W. J. Manders, Venlo (Pays-Bas); * M. F. J. Krüger, Amsterdam (Pays-Bas); * M. Eric Ahlström, Malmö (Suède); * M. W. Gilbert, Saint-Symphorien (I.-et-L.) (France); * Mr. D. S. Blacklock Pulborough (Angleterre); * Mr. Thomas Wood, Cheadle, Ches. (Angleterre); * M. C. A. ten Seldam, Amsterdam (Pays-Bas); * M. G. Vignal, Ivry-sur-Seine (Seine), (France); * M. Jan Jerzy Czarnecki, Plonsk (Pologne); * M. Marian Wolniak, Pleszew (Pologne); * M. Béla Màriàsh, Marcali (Hongrie); * M. Y. L. Le Bretton, Brest (Finistère), (France) et notre vaillant Assistant, M. Pierre Notaerts de Leeuw-St.-Pierre, Belgique, précieux et inlassable collaborateur, éditeur et Rédacteur en Chef de «Vok de Neo», joyeux périodique mensuel. Pour terminer, nous devons exprimer notre reconnaissance à Mr. Floyd Hardin, Editor de l’International Language Review, Denver (E.-U.), qui, dès le premier jour, et tout en restant strictement neutre vis-à-vis de toutes les Langues Artificielles, donna son appui à notre campagne et ouvrit dans sa Revue une Rubrique consacrée à ce mouvement, sous l’Égide de la FIL («Friends of the International Language»). A la demande de Mr. Hardin, nous avions accepté de diriger temporairement cette Rubique, dont la direction passera, à partir du mois de novembre 1964, entre les mains de ses nouveaux Rédacteurs attitrés, Mr. D. S. Blacklock et Mr. Th. Wood. Sous leur vaillante et dynamique direction, la Rubrique prendra un bel essor et elle aidera certainement à atteindre le but de notre campagne. Bruxelles, Septembre 1964. [b]Arturo Alfandari[/b]. [b](1)[/b] Prof. P. Rasquin.\\ [b](2)[/b] Prof A. Lavagnini.\\ [b](3)[/b] Nous employons les abréviations: [i]Ile[/i] pour [i]Interlingue[/i] et [i]Ila[/i] pour [i]Interlingua[/i]\\ [b](4)[/b] conf. «NEO-BULTEN» N 30, p. 8.\\ [b](5)[/b] Voir à ce sujet [[:fr:neo:mrn:gram:tmpvrb|la Note]].